Face au changement climatique, à l’élévation du niveau de la mer et à l’érosion côtière, l’Agence de protection de l’environnement de la Sierra Leone mène des évaluations de vulnérabilité et des consultations avec les parties prenantes dans le pays.
En tant que Centre d’expertise (CE) pour le projet MAMI WATA, l’Agence de protection de l’environnement de la Sierra Leone (EPA-SL) a joué un rôle crucial dans la coordination de la mise en œuvre des recommandations du rapport d’évaluation de l’état de l’environnement marin (REEM) du pays, qui a été achevé en 2015, en collaboration avec GRID-Arendal.
Le rapport a formulé un certain nombre de recommandations visant à lutter contre la dégradation et la perte des habitats côtiers, en réglementant et en contrôlant l’extraction de sable sur les plages, et en interdisant les constructions non planifiées et l’habitat informel dans les zones côtières, par la mise en œuvre de mesures de protection spatiale. Ces mesures comprennent notamment la surveillance régulière des environnements côtiers et marins écologiquement sensibles, l’identification de zones marines d’importance écologique ou biologique (ZIEB), la promotion du zonage côtier et de la planification spatiale marine (PSM), ainsi que le contrôle de l’établissement de nouvelles constructions en zone côtière.
En tant que CE du projet MAMI WATA, l’EPA-SL a accueilli la première réunion du groupe de travail technique en octobre 2017, afin de finaliser les trois outils de Gestion intégrée des océans, à savoir la PSM, les ZIEB, et le REEM. En octobre 2018, l’Agence a dirigé un atelier de renfrocement de capacités sur le REEM pour les trois pays pilotes du projet MAMI WATA – le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Ghana – et en 2019, elle a participé à l’atelier de lancement du REEM au Ghana, en partageant ses connaissances et en fournissant un soutien notamment autour de la méthode d’élicitation d’ experts.
Ces activités d’échange de connaissances et ces processus de collecte de données ont permis à l’EPA-SL, avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), de superviser un certain nombre d’évaluations de base de la vulnérabilité pour des zones sélectionnées le long de la côte de la Sierra Leone. D’octobre à décembre 2018, une évaluation des biens et des écosystèmes côtiers vulnérables à l’élévation du niveau de la mer et aux tempêtes côtières a par exemple été réalisée[1]. L’évaluation a quantifié l’évolution du littoral sur une période de treize ans (de 2005 à 2018), dans le but de produire des données de référence qui seront utilisées pour prévoir les positions littorales des infrastructures les exposées au risque d’élévation du niveau de la mer et de tempêtes côtières.
Des inventaires des infrastructures ont également été entrepris dans certains sites pilotes, notamment Lakka, Hamilton, Tombo, Conakridee, Shenge et Turtle Island, afin de déterminer leur vulnérabilité à l’élévation du niveau de la mer et aux tempêtes côtières. Sur tous les sites étudiés, un recul cumulé du littoral (c’est-à-dire l’érosion côtière) a été observé sur la période sélectionnée, de 35 m pour Tombo, et jusqu’à 42 m à Lakka, avec des impacts déjà indéniables sur les écosystèmes, les infrastructures et les communautés littorales. Les conclusions de l’évaluation incluent que le changement du littoral dans tous les sites pilotes était manifestement élevé, et que l’ampleur des impacts qui en résultaient pour les communautés, les infrastructures, ainsi que les écosystèmes était significative. Des preuves de dommages importants aux propriétés et aux infrastructures ont été trouvées, et les interférences humaines ont contribué au rythme observé des changements du littoral, en plus des processus naturels.
Dans le cadre de son mandat, et suite aux différentes évaluations réalisées, l’EPA-SL a entamé en juillet 2020 des consultations avec les parties prenantes pour l’élaboration d’un nouveau règlement visant à renforcer la protection, la gestion et le développement de l’environnement côtier et marin de la Sierra Leone. Le règlement devrait établir un mécanisme de gouvernance qui soutient une approche intégrée de la gestion et de l’atténuation des impacts des activités humaines et des risques naturels sur l’environnement côtier et marin du pays.
Lors de la réunion de consultation des parties prenantes qui s’est tenue le 18 juillet 2020, les principales parties prenantes opérant dans l’environnement marin et côtier ont examiné et approuvé la portée du règlement proposé, et ont établi les limites terrestres et maritimes de l’environnement marin et côtier conformément aux législations existantes et à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), que la Sierra Leone a ratifiée.
Dans son discours d’ouverture, le ministre de l’environnement, le professeur Foday Moriba Jaward, a souligné les éléments les plus cruciaux des règlements proposés, qui, selon lui, doivent notamment inclure des évaluations d’impact environnemental avant le développement de nouvelles activités, le contrôle de l’accès au littoral et de l’aménagement, des restrictions pour les activités les plus nuisibles à l’environnement, et différents mécanismes de conformité et d’application, de responsabilité et de compensation.
Les participants à la réunion ont convenu i) d’inclure dans la législation principale (loi EPA, amendement 2020) les dispositions nécessaires pour permettre la promulgation de règlements sur l’environnement côtier et marin ; et ii) que les règlements comprennent des dispositions sur l’adaptation au changement climatique et son atténuation au niveau national, en mettant particulièrement l’accent sur le plaidoyer pour la réglementation des émissions de l’industrie mondiale du transport maritime.
[1] Le rapport sera bientôt disponible sur le site web de l’EPA.
Paul LAMIN
Photographies: Agence de protection de l’environnement de la Sierra Leone


