Le Bénin progresse vers la finalisation de son REEM avec l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA-SL)
Du 9 au 12 septembre 2019, un atelier pour le Rapport sur l’État de l’Environnement Marin a été organisé à Cotonou dans le cadre du projet de gestion intégrée des zones marines et côtières (GIZMaC).
Le projet GIZMaC, conjointement mis en œuvre au Bénin depuis septembre 2018 par le ministère du Cadre de Vie et du Développement durable (MCVDD), la Convention d’Abidjan et GRID-Arendal, progresse de façon constante vers la réalisation de ses objectifs. Le projet développe une approche holistique et intégrée visant à renforcer le cadre de gouvernance étatique pour une gestion plus durable des ressources marines et côtières, en réunissant le large éventail d’acteurs et de secteurs opérant le long de la côte béninoise longue de 125 km.
En juin 2019, lors d’un atelier de trois jours à Cotonou, le rapport descriptif des zones marines d’importance écologique et biologique (ZIEB) a été approuvé par des représentants de plusieurs institutions nationales et organisations non gouvernementales du Bénin et d’Afrique de l’Ouest. Les sites sélectionnés par les différents groupes de travail thématiques, Bouche du Roi – Togbin Daho et Donaten, sont tous deux riches en faune qui doit être protégée. À cette occasion, Mme Faustine Sinzogan, point focal de la Convention d’Abidjan et coordonnatrice du projet GIZMaC, a déclaré: « L’objectif à long terme pour les ZIEB identifiées, est leur qualification comme aires marines protégées (AMP), dans le but afin d’être officiellement gérées en tant que tel ». Au cours des prochains mois, l’accent sera donc mis sur les actions conduisant à cet objectif, et le rapport descriptif des ZIEB sera bientôt présenté au point focal du secrétariat de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) pour examen, approbation et publication.
En parallèle, une autre étape clé pour le projet GIZMaC est la production d’un rapport sur l’état du milieu marin (REEM) pour le Bénin. Le REEM est un document de production de connaissances visant à fournir au gouvernement béninois les informations nécessaires à la définition d’une stratégie de gestion intégrée pour ses zones côtières et marines. La préparation du REEM nécessitera une approche holistique pour comprendre l’écosystème marin, ses ressources, ainsi que les conflits d’usages croissants autour de celles-ci. Le processus implique l’acquisition et l’interprétation de données, ainsi qu’une communication importante entre les différents groupes de parties prenantes impliqués dans le processus.
Dans ce contexte, un atelier de développement de capacités sur le REEM a été organisé par l’équipe de coordination nationale à Cotonou du 9 au 12 septembre 2019. L’atelier a été facilité par Jacques-André Ndione, expert en évaluation environnementale intégrée, chargé d’aider les pays pilotes francophones du projet Mami Wata – le Bénin et la Côte d’Ivoire – à élaborer leur REEM. La session était organisée autour de sept modules: Introduction au REEM; Formulation du REEM – étapes et processus; Approche méthodologique; Introduction à la méthode de sollicitation d’expertise; Données, paramètres et indicateurs; Structure du rapport; et Calendrier des activités. Un accent particulier a été mis sur le cadre DPSIR (facteurs, pressions, état, impact et réponse), une approche méthodologique utilisée pour évaluer et gérer les problèmes environnementaux en décrivant les interactions causales sous-jacentes entre société et environnement comme composantes interdépendantes.
Dans le cadre de l’atelier, les participants ont pris part à une visite de terrain à Donaten, l’une des ZIEB récemment identifiées à proximité de Cotonou. À cette occasion, les participants ont discuté les principales recommandations qui ont suivi l’atelier de juin dernier, à savoir la nécessité d’une meilleure intégration des savoirs endogènes tel que celui des pêcheurs locaux, dans le but de mettre au point une cartographie participative des ZIEB du Bénin. À noter à ce sujet que des interactions fructueuses avec la population locale ont confirmé l’existence d’espèces et de ressources à protéger, telles que les tortues vertes, les carpes et les crevettes. En outre, les pêcheurs ont souligné plusieurs facteurs responsables de l’épuisement des stocks de poissons: principalement une pêche non durable et l’utilisation de matériel inapproprié, ainsi que la pollution plastique véhiculée par le chenal depuis le lac Nokoué avoisinant, mais aussi directement déversée dans l’océan par les populations locales.
L’épuisement des stocks de poisson dans la zone est également le résultat direct du mauvais système de gestion de pêche actuellement en place, et du manque d’attribution spatiale pour les différentes activités dans la zone marine et côtière. En effet, faute de ressources disponibles, les pêcheurs qui capturaient des crevettes dans les lacs environnants d’Ahémé et de Nokoué, sont désormais obligés de déplacer leurs activités vers la mer. Cependant, les crevettes sont un élément important de la chaîne alimentaire marine, car elles constituent un aliment important pour les poissons. L’exploitation croissante de ces crevettes marines par les pêcheurs d’eaux douces affecte directement les stocks de poissons, et donc les autres pêcheurs qui dépendent directement de ceux-ci pour leur subsistance. Cette situation est récemment devenue une importante source de conflit entre différentes communautés de pêcheurs.

Du côté positif, les participants à l’atelier ont également échangé avec des « écogardes », des volontaires de l’ONG Nature Tropicale qu’ils avaient déjà rencontrés en avril 2019. À Donaten, l’ONG se concentre sur la protection des quatre espèces de tortues marines (verte, ridley, luth et imbriquée) vivant le long des côtes du Bénin. À la suite de bons échanges, M. Ndione a souligné l’importance de comprendre les stratégies déjà mises en œuvre par les populations locales pour la préservation des écosystèmes sur lesquels celles-ci reposent, comme élément clé du processus de rédaction du REEM.
Au cours des prochains mois, l’équipe principale du REEM procédera à la collecte de données et à la définition d’indicateurs de la santé des écosystèmes, avant de débuter le processus de rédaction du rapport. Le premier jet sera ensuite examiné par le comité scientifique. Plusieurs itérations sont à prévoir entre le comité de rédaction et le comité de lecture. En effet, « l’étape de l’examen de relecture par les pairs est essentielle pour la production d’un REEM scientifiquement crédible » a souligné M. Ndione.
Tout comme pour le rapport descriptif des ZIEB en Juin dernier, un atelier national sera organisé en temps voulu pour approuver le REEM du Bénin. Entre-temps, les résultats préliminaires seront communiqués afin d’encourager une participation accrue de tous les secteurs et afin de sensibiliser davantage à l’importance du milieu marin et côtier.
Louis PILLE-SCHNEIDER


